Présentation

Cartels

La psychanalyse s’enseigne dans les sections cliniques, dans les universités ou encore dans les journées d’étude, les colloques ou encore dans les livres. Des lieux qui nous laissent en attente, où le savoir s’ incorpore ; nous croyons alors en restituer quelque chose, tout au moins un rien venant de l’Autre. Et pourtant, la psychanalyse ne se noue-t-elle pas à l’expérience d’analysants ? La psychanalyse ne se constitue-t-elle pas d’un discours singulier ? Si les concepts psychanalytiques étaient seulement affaire de didactique, croyez-vous que la psychanalyse existerait encore ?

Là où l’enseignement de type universitaire exclut la créativité, le cartel laisse place à l’invention. Plus qu’une fantaisie, mieux qu’une doxa, presque une révolution, le cartel mène l’expérience psychanalytique au bord d’un littoral de savoir. L’ingénuité et la contingence sont alliées dans l’aventure sans pour autant renier la cause d’une étude. Alors, comment cela fonctionne ? Est-ce un concept ou une façon de vivre la psychanalyse ? Est-ce une nécessité pour la théorie qui lui permettrait d’éviter la meurtrissure et l’oubli ?

Étudier…en cartel

Qu’est-il possible d’attendre du travail de la psychanalyse ? Quelles sont les conditions qui permettent d’en mesurer la meilleure efficacité ? Pour y répondre, il convient de rappeler d’abord une distinction fondatrice. La psychanalyse d’orientation lacanienne est affaire d’analysants, d’analystes et de toutes personnes prêtes à l’expérience d’un savoir inédit et pourtant déjà là.

Mais, J. Lacan est difficile à comprendre. Avec son argumentation serrée et l’armature de son discours, comment le lire sans s’y perdre ? J. Lacan n’aurait-il pas fait un peu exprès ? La question mérite d’être posée. Car finalement, lire et étudier la psychanalyse c’est accepter de se perdre, d’user d’un discours qui permet une découverte, la découverte d’une autre scène. Car tels sont les détours que d’ordinaire nous évitons, les recouvrant d’un chapeau, pour ne rien y voir et surtout, ne rien en savoir.

Le dispositif du cartel, que nous a proposé J. Lacan en 1964 et remis à l’ordre du jour par J.-A. Miller en 1994, est l’introduction du discours analytique dans un petit groupe. C’est l’essai d’un discours qui prend son départ du réel. Faire cartel, c’est s’écouter, discuter les élaborations des uns et des autres, et inviter à la ré-élaboration.

Le cartel… en pratique

Avec ce dispositif, la psychanalyse ne cesse d’être en mouvement, cesse de ne pas s’écrire.

J. Lacan présente pour la première fois les principes du cartel dans « L’Acte de Fondation de l’École freudienne de Paris » le 21 juin 1964. Un petit groupe de trois ou quatre personnes, qui ont décidé de travailler ensemble sur un thème commun. Lecture de textes de psychanalyse, étude de concept, recherche clinique ou théorique sont autant de sujets possibles. Ils font ensuite appel à une personne désignée comme plus-une qui est chargée de la sélection, de la discussion et de l’issue à réserver au travail. Le cartel est alors constitué. Il se choisit un titre et chacun précise son sujet de travail.

C’est aussi déclarer son cartel à l’École de la Cause freudienne. Cependant, il n’est pas nécessaire d’être membre de l’ECF ou d’une ACF pour en faire partie.

Passer par le cartel, c’est faire usage d’un savoir singulier dans un petit groupe et inscrire le travail qui s’y mène dans une dynamique orientée par le plus-un.

Le travail ? Quel travail ? Un travail adressé à l’École. Pour que l’École évolue, ne se fige pas, il faut un contact entre les membres de cette communauté de travail. Les cartellisants sont alors impliqués dans une tâche commune et participent à l’élaboration du travail donné en confrontant leurs idées avec celles des autres, car il y a groupe et ce groupe ne se réduit pas à la somme des parties. En effet, un cartel n’est pas une simple collection d’individus. C’est un espace plus libre où chacun peut s’exprimer sans la crainte du regard du grand groupe. C’est un espace qui permet le décentrement et amène à l’écoute de l’autre.

Un cartel peut se constituer à tout moment. Le cartel se réunit régulièrement pour une durée d’une ou deux années. Une durée limitée pour prévenir l’effet de colle. Cette organisation circulaire vise à parer aux effets imaginaires d’un groupe, qui conduisent inévitablement à faire cercle ou à tourner en rond.

Des soirées, des journées sont organisées par les ACF et l’ECF, pour faire connaître, transmettre les travaux des cartellisants. Certains textes peuvent faire l’objet de publication soit dans Cartello, l’agalma des cartels de l’Ecole de la Cause freudienne www.ecf-cartello.fr l’écho électronique des cartels, soit dans l’hebdo-blog, publication en ligne de l’ECF, des ACF et des CPCT.

Qui cherche cartel peut s’adresser au responsable des cartels de sa région. Pour la Bourgogne Franche-Comté, vous pouvez contacter Sophie Gaillard (sogai@sfr.fr). Des bourses aux cartels sont organisées souvent une fois dans l’année.

Pour déclarer un cartel, il suffit de consulter le site de l’ECF. Vous y trouverez aussi les textes de référence.